L’impression occupe rarement plus d’une ligne dans un rapport RSE. Et pourtant, elle consomme du papier, de l’énergie, des consommables chimiques, et génère des déchets qui finissent souvent aux ordures faute de filière adaptée. Pour beaucoup d’organisations, c’est un angle mort du bilan carbone entreprise : trop dispersé pour être mesuré facilement, trop banal pour être prioritaire.
Ce n’est pas une fatalité. Plusieurs centaines de grandes entreprises françaises ont déjà intégré leurs équipements d’impression dans leur démarche de politique impression RSE , avec des résultats chiffrés à la clé.
La gestion déléguée de l’impression est l’un des leviers qui rend cela possible.
L’impression dans le bilan carbone d’une organisation : ce qu’on oublie souvent
Le bilan carbone d’une entreprise repose sur trois périmètres.
- le Scope 1 couvre les émissions directes
- le Scope 2 celles liées à l’énergie achetée
- le Scope 3 l’ensemble des émissions indirectes en amont et en aval de l’activité.
L’impression touche les trois.
- Les imprimantes et photocopieurs consomment de l’électricité en continu, y compris en mode veille.
- Le papier, lui, mobilise de l’énergie et de l’eau à chaque étape de sa fabrication : selon l’ADEME, produire une tonne de papier A4 émet en moyenne entre 700 et 1 000 kg de CO2 équivalent selon le type de fibre et les procédés utilisés.
- Les cartouches et toners contiennent des polymères et des métaux dont la production est énergivore, et leur élimination pose des problèmes environnementaux si elle n’est pas encadrée.
Le poste impression n’est pas le plus lourd. Mais c’est l’un des plus accessibles à réduire : les leviers sont connus, les outils existent, et les résultats sont mesurables dès la première année. C’est rare dans un bilan carbone.
Le problème principal est que personne ne mesure. Sans comptage des pages, sans suivi des consommables par machine, sans inventaire du parc, il est impossible de produire un indicateur fiable. Et sans indicateur, pas de reporting, pas d’objectif, pas de progrès visible.

Les 3 impacts environnementaux de l’impression responsable
1. Le papier
C’est l’impact le plus visible. Une feuille A4 standard pèse environ 5 grammes. Elle semble anodine. Mais à l’échelle d’un parc de 50 imprimantes avec une organisation de 500 personnes, on parle de plusieurs millions de feuilles par an.
Les impressions inutiles pèsent lourd. En moyenne, 1 document sur 4 est jeté dans les 5 minutes suivant son impression, et 38 % des salariés impriment la totalité de leurs emails. Les volumes ont baissé depuis le télétravail, mais les coûts ont augmenté : signe que le problème n’est pas le volume total, c’est l’efficacité.
Un papier certifié PEFC ou FSC garantit que la fibre provient de forêts gérées durablement. Un papier recyclé réduit de 40 % à 70 % les émissions de CO2 par rapport au papier vierge. Ces choix sont simples, mais ils nécessitent une politique d’achat cohérente.
2. Les consommables : toner et encre
Une cartouche laser standard contient environ 50 à 100 g de toner, un mélange de particules de résine, de pigments et parfois de métaux lourds. Sa fabrication consomme environ 3 litres de pétrole. À cela s’ajoutent les emballages plastiques et les cartouches non retournées qui terminent en décharge.
Les filières de collecte et de recyclage existent, mais leur utilisation reste faible dans les entreprises qui n’ont pas de processus formalisé. La gestion déléguée de l’impression inclut systématiquement ce volet logistique.
3. L’énergie des équipements
Une imprimante laser de bureau consomme entre 300 et 550 watts en impression active, et entre 1 et 5 watts en veille prolongée. Sur un parc non optimisé, des machines restent allumées la nuit et le week-end sans que personne ne s’en préoccupe.
Le label Energy Star et les certifications EPEAT permettent d’identifier les équipements les plus sobres. Un parc renouvelé avec ces critères peut réduire la consommation électrique de 30 % à 50 % par rapport à des appareils vieux de 7 ou 8 ans.
Comment la délégation permet de tenir des engagements environnementaux précis
La gestion déléguée de l’impression consiste à confier à un prestataire spécialisé la gestion opérationnelle, financière et environnementale du parc d’impression.
Ce n’est pas simplement un contrat de maintenance. C’est un cadre contractuel dans lequel des indicateurs environnementaux peuvent être définis, mesurés et reportés.
Concrètement, cela change plusieurs choses.
Le prestataire devient propriétaire. Il installe des outils de monitoring qui comptabilisent chaque page imprimée, chaque consommable utilisé, chaque heure de fonctionnement de chaque machine. Cette granularité est impossible à obtenir avec une gestion interne dispersée entre plusieurs services.
Des règles d’impression responsable sont déployées techniquement.
- Impression recto-verso par défaut
- authentification avant impression (ce qui supprime les impressions abandonnées)
- quota par utilisateur ou par service
- désactivation automatique hors horaires de bureau
Ces paramètres ne dépendent plus de la bonne volonté individuelle.
Les consommables sont gérés dans une logique circulaire. Cartouches collectées, reconditionnées ou recyclées, papier certifié sélectionné, emballages réduits. Le prestataire a l’infrastructure pour faire ce que la plupart des organisations ne peuvent pas organiser seules.
Le reporting RSE devient possible. En fin de période, l’entreprise dispose d’un rapport avec des données fiables : nombre de pages imprimées, réduction par rapport à la période précédente, CO2 évité, taux de recyclage des consommables. Ces indicateurs s’intègrent directement dans un rapport de politique impression développement durable ou dans une démarche Bilan GES.
Exemples de métriques RSE liées à l’impression
Voici les indicateurs concrets que la gestion déléguée permet de produire et de suivre dans le temps :
- Réduction du volume de pages imprimées : entre 20 % et 40 % en moyenne la première année après déploiement des règles d’impression responsable
- Pourcentage d’impressions recto-verso : indicateur simple, directement corrélé à la consommation de papier
- Taux de récupération des cartouches usagées : mesurable par contrat, intégrable au rapport RSE
- Consommation électrique du parc : exprimée en kWh/an, calculable à partir des relevés de monitoring
- CO2 évité : calculé selon les facteurs d’émission de l’ADEME, intégrable au Bilan GES Scope 3
- Part du papier certifié (FSC ou PEFC) dans les achats : indicateur de politique d’achat responsable
Ces métriques ne sont pas des estimations : elles s’appuient sur des relevés réels, ce qui les rend défendables dans un rapport extra-financier ou lors d’un audit de certification.
La délégation comme levier de sobriété numérique
La sobriété numérique désigne la démarche de réduction des usages numériques inutiles ou disproportionnés. L’impression n’est pas numérique au sens strict, mais elle en est indissociable : dans beaucoup d’organisations, on imprime parce que le document numérique est difficile à lire, mal structuré, ou parce que les processus de validation ne sont pas dématérialisés.
Un prestataire en gestion déléguée compétent ne se limite pas à optimiser les machines. Il analyse les flux documentaires pour identifier les usages d’impression qui pourraient disparaître avec un meilleur outil numérique. C’est une approche hybride : réduire l’impression là où elle n’est pas nécessaire, et la rendre sobre là où elle reste indispensable.
Cette logique rejoint les objectifs du green IT : réduire l’empreinte des équipements et des usages informatiques sur l’ensemble du cycle de vie. Un parc d’impression bien géré, avec des machines récentes et sobres, des volumes maîtrisés et des consommables recyclés, s’inscrit directement dans une politique green IT cohérente.
Labels et certifications pertinents
Plusieurs référentiels permettent de structurer et de valoriser une démarche d’impression responsable.
- DD&RS (Développement Durable et Responsabilité Sociétale) : label destiné aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche, mais dont les critères documentaires et environnementaux peuvent inspirer toute organisation soucieuse de formaliser sa démarche.
- ISO 14001 : norme internationale de management environnemental. Elle exige l’identification des impacts environnementaux significatifs, dont l’impression peut faire partie selon la taille de l’organisation et son secteur. La gestion déléguée facilite la fourniture de données mesurables pour les audits de certification.
- PEFC et FSC : certifications forestières qui garantissent l’origine responsable du papier. PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) est le plus répandu en Europe. FSC (Forest Stewardship Council) est plus exigeant sur les critères sociaux et biodiversité. Les deux sont valables et reconnus dans les rapports extra-financiers.
- Energy Star et EPEAT : labels pour les équipements. Energy Star classe les appareils selon leur efficacité énergétique. EPEAT prend en compte l’ensemble du cycle de vie (fabrication, usage, fin de vie). Un prestataire sérieux ne propose que des équipements certifiés.
Pour aller plus loin sur la politique d’impression en entreprise et son impact financier, notre article dédié détaille les leviers complémentaires.
❓FAQ : impressions et RSE
L’impression peut-elle vraiment figurer dans un bilan carbone ?
Oui. Le Scope 3 regroupe toutes les émissions indirectes liées à l’activité d’une organisation, y compris les achats de biens et services. Le papier, les consommables et l’énergie consommée par les équipements d’impression entrent dans cette catégorie.
L’ADEME publie des facteurs d’émission spécifiques dans sa Base Carbone pour faciliter ce calcul.
Un prestataire en gestion déléguée peut fournir les données de consommation brutes nécessaires au calcul.
Est-ce qu’une PME peut réellement mesurer son empreinte liée à l’impression ?
Oui, à condition d’avoir les bons outils de monitoring installés sur le parc. La plupart des contrats de gestion déléguée incluent un logiciel de suivi qui agrège les données par machine, par utilisateur et par période.
Même pour une PME avec 5 ou 10 imprimantes, le niveau de granularité obtenu est suffisant pour produire un indicateur annuel crédible. Ce n’est pas une démarche réservée aux grandes entreprises.
Quels engagements peut-on contractualiser avec un prestataire en gestion déléguée ?
Selon les prestataires, plusieurs indicateurs peuvent être intégrés au contrat comme objectifs à atteindre : taux de réduction du volume d’impression, pourcentage d’impressions recto-verso, taux de collecte des cartouches usagées, part du papier certifié dans les commandes.
Certains contrats incluent des rapports RSE trimestriels ou annuels, directement utilisables dans un rapport extra-financier ou lors d’un audit ISO 14001.
